Skip to main content

Les Terres-Neuvas : historique de la pêche

Nous allons découvrir ensemble, que la pêche à la morue a tenu pendant plusieurs siècles, une place prépondérante dans l'économie locale et que les hommes du pays Granvillais de l'Avranchin et du Coutançais ont joué un rôle important dans cette activité.

C'est au début du 16ème siècle que l'on découvre Terre-neuve et les Bancs. On attribue en date du 24 juin 1497 cette découverte à Jean Cabot, un vénitien au service du roi d'Angleterre. L'annonce de cette découverte soulève dans les ports français et d'Europe une émotion profonde.

Cette importante découverte de ressources morutières se trouvera confirmée en 1501 par le Portugais Corte Real. « Les côtes sont si poissonneuses qu'en plongeant un seau dans la mer, on le retirait plein de morues ».

A cette époque, les règles strictes du catholicisme strictement observées (viande interdite) répondaient à une forte demande de poisson pour les jours maigres de l'année .On allait pouvoir mettre à la disposition de la population: une nourriture saine, de bon goût, et à bon marché.

Aussi lorsque l'on apprit en 1501 que des Marins avaient trouvé de riches territoires poissonneux au large de Terre-neuve, en France, l'émulation fût grande dans tous les ports de la manche et de l'atlantique.

Les ports, même les plus petits armèrent pour Terre-neuve et surent profiter de cette nouvelle situation.

Dès lors la pêche à la morue allait être considérée comme un véritable trésor, et une pièce maîtresse de notre économie nationale.

Vous pensez bien ! 153 jours maigres/an égal un marché important en France pour la morue verte déjà très appréciée.

Au 16ème siècle une cinquantaine de ports arment.

Au 17ème siècle, la concentration s'établit dans un nombre de ports.

Ce qui fut perdu d'un coté se retrouva de l'autre.

Aussitôt, on assiste à un engouement des ports normands et l'on arme des navires pour ces terres lointaines : citons Fécamp, Dieppe, Rouen, Honfleur, Port bail, Saint-Vaast la Hougue, Carteret, Agon, Régnéville, et Granville. Evidemment les Bretons, les Normands, les Portugais, et les Basques affirment tous être arrivés les premiers aux terre-neuve.

Je vous propose un bref historique local, par quelques dates:

1504: Des pêcheurs honfleurais reviennent de Terre-neuve.

1520: Granville arme à son tour pour le nord de l'Amérique à la pêche à la morue.

1524: Le curé de Saint-Vaast reçoit une dîme sur la morue pêchée.

1532: Agon arme la « Jeannette » pour la grande pêche. 120TX armateur Etienne Drieu, capitaine Théo Adelus.

1532: Port-Bail arme 1 navire.

1554: Granville et Carteret livrent de la morue à Nantes

1564: La Charte du 4 mars prouve que la pêche à Terre-neuve est de pratique courante depuis plusieurs dizaines d'années à Granville.

1565-68 : Bricqueville et Régnéville arment à la morue. Régnéville arme « Le Jésus » maître Richard Lefournier

1573: Granville: Une taxe levée pour l'entretien de la jetée sur les navires morutiers confirme les armements aux Terre-neuve.

Au début du 17ème siècle, (1619) Granville arme 20 morutiers.

1619: Nicolas Chardot, et Nicolas Tanqueray sont inscrits comme capitaine de navire.

En 1687, une inspection de la Marine donne sur Granville celui de 25 navires.

Au cours du 18ème siècle, la concentration devient toujours plus accentuée. (disparition d'un nombre de ports, chute de certains, abandon de grands ports)

La flotte granvillaise s'agrandit et on voit le commerce maritime local se développer avec rapidité et régularité.

La ville atteint une notoriété au niveau national, et elle prospère. Les armateurs se construisent dans la ville haute de magnifiques hôtels particuliers.

Il règne sur la place une certaine aisance. Si bien qu'à l'approche de la révolution, l'activité morutière peut se comparer à celle de Saint Malo. : Les rôles d'armements de l'inscription maritime de l'époque en témoignent,

Et, les chiffres surprennent:

De 1722 à 1792 le port de Granville arme 4027 navires.

Le nombre de marins augmente considérablement: 135 212 sont envoyés à Terre-neuve.

Beaucoup de matelots de l'arrière pays dont Agon et régnéville complètent même les équipages morutiers de St Malo.

Un autre rapport indique que Granville est le port où la pêche à la morue, soit verte, soit sèche, est la plus florissante de toute la Basse Normandie.

En 1726 on arme 47 navires, en 1741 --> 63 navires dont 8 à 10 à Régnéville.

Au cours de la 2ème moitié de ce siècle, Saint-Malo et Granville dominent la pêche française à Terre-neuve.

De fait 60% des navires français sur le grand banc et 80 % sur le French Shore seront armés par ces deux ports (9000 hommes de Granville et de Saint Malo sur un total de 15000 )

L'année 1786 fut la plus belle: 46 navires allèrent à la pêche à la morue sèche (pêche sédentaire).5 à Saint-Pierre et Miquelon et 54 navires au grand banc.

Soit un total de 105 navires pour 4114 hommes.

Au 19ème siècle dans sa 1ère moitié, l'activité de la grande pêche des granvillais (MV et MS) demeure impressionnante, (1854 --> 84 navires) avec cependant un changement profond dans les destinations: la pêche sur les bancs se maintient, par contre la pêche sédentaire et au large du French Shore connaît une nette diminution. Elle est remplacée par la pêche aux bancs avec sécherie aux Iles Saint-Pierre et Miquelon.

Entre 1822 et 1892, 3684 navires de Granville, prennent le chemin de Terre-neuve et de Saint-Pierre et Miquelon.

A la fin du 19ème siècle, on assiste à une chute des armements, pour l'année 1895 la flottille ne compte plus que 27 navires.

Au 20éme siècle la situation des pêcheurs français et granvillais se complique.

En 1904, le gouvernement français met un terme à ses privilèges de pêche sur le French Shore. Dès lors les pêcheurs français n'ont plus le droit d'installer des pêcheries fixes. C'est la fin de la pêche sédentaire.

Les ports français, dont Granville continuent quand même de pêcher sur les bancs, on recrute en Bretagne, désaffection des communes de l'arrière pays (amélioration du niveau de vie)

(Diminution de la consommation, donc des ventes) avec pour base d'appui St Pierre ET Miquelon.

En mars 1901, 40 navires quittent le port Normand.

En 1914, Granville expédie encore 24 morutiers à Terre-neuve et à Saint-Pierre. Mais les années suivantes à cause du conflit 1914-1918, (voiliers coulés par les allemands), l'armement morutier est stoppé.

En 1921, l'espoir renaît grâce à la maison d'armement Chuinard et à la Société des Pêcheries de France (8 à 9 navires quittent le port)

En 1930, on ne compte plus que 5 voiliers terre-neuvas,

1933 : l'un des derniers la Thérésa entre dans le sas de l'écluse, défoncé il reste à quai, sa campagne est terminée.

On se doit de signaler qu'en 1928 et 1929, la Sté les Terre-neuvas basée à Granville, associée à la maison Chuinard, arme 2 chalutiers : L'Alfred Vieu, et le Rémy Chuinard de 65 mètres chacun. En 1932, ces derniers abandonnent Granville pour Bordeaux.

Après avoir pêché dans les eaux Terre-Neuviennes pendant plus de 400 ans, Granville pour des causes multiples, dont celle de n'avoir pu se reconvertir à la fin de la grande voile abandonne la partie.

C'est la fin d'une belle histoire, celle de la grande pêche et de ses Terre-neuvas.

Jean-Charles LEVESQUE dit Petit jean.