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RIOTTEAU Emile, Alexandre (1837-1927), « le Sénateur »

Emile Riotteau

Emile Riotteau est un cas unique dans l'histoire de notre cité. Jamais un Granvillais n'a cumulé autant de responsabilités, de titres, de présidences, de présidences d'honneur ou de décorations.

Entre 1875 et 1927, année de sa disparition, il ne se passa pas une seule journée sans que la presse locale, régionale ou même nationale ne mentionne Emile Riotteau, à un titre ou à un autre. Et pour cause, il consacra 50 ans de sa vie à la chose publique.

Emile Riotteau, né à St Pierre et Miquelon en 1837 a d'abord été l'un des principaux armateurs de Granville du XIXème siècle. Il avait pris le métier d'armateur de son père et de son beau-père.

Emile Riotteau commença sa carrière politique en 1876. Il se présenta à la députation comme républicain conservateur dans l'arrondissement d'Avranches.

Opposé à deux candidats royalistes, M. de Saint Pierre et le Comte de Canisy, son élection ressembla à une formalité. Réélu largement en 1881, 1887, 1889 et 1893, ses collègues de l'Assemblée Nationale lui confièrent la tâche de secrétaire du bureau de la Chambre de 1881 à 1885. Ardent défenseur des valeurs républicaines, il fit partie en1887 des 363 députés qui, autour de Léon Gambetta, refusèrent le dictat de Mac Mahon, Président de la République. Ce dernier venait de dissoudre le gouvernement Jules Simon pour faire appel au comte de Broglie d'opinion royaliste. Les 363 n'acceptèrent pas ce coup d'état et refusèrent l'investiture du nouveau gouvernement.

Cette initiative historique consacra définitivement la République dans notre pays.

Sur le plan local, Emile Riotteau eut l'honneur d'être maire de Granville pendant 6 ans, de 1882 à 1888, conseiller municipal pendant 25 ans, conseiller général du canton de Granville de multiples fois.

En 1906, il changea d'orientation, abandonna son siège de député afin de favoriser l'élection de son ami Lucien Dior et devint sénateur sans aucune difficulté. Au Palais du Luxembourg, il siégea longtemps à la commission de la marine avant d'en devenir le vice-président.

Parallèlement à ses fonctions politiques, Emile Riotteau joua un rôle très important à la chambre de commerce de Granville. Il y entra en 1881 et occupa, pendant 38 ans, le poste de président à partir de 1885. Selon Albert Godal, maire de Granville en 1927 et M. Yvon, président de la chambre de commerce à la même date, les granvillais doivent à Emile Riotteau l'achat et la construction des premières grues à vapeur et électriques sur le port, la construction de la cale de radoub, l'élargissement de l'écluse, l'approfondissement du grand bassin, le renouveau du Casino, l'amélioration des conduites et de la distribution d'eau et la réalisation des groupes scolaires publics à St Paul et à la Haute Ville.

On note à son actif la présidence de la société d'agriculture d'Avranches, ses nominations au Conseil Supérieur des Colonies, au Conseil Supérieur des Haras, à la Commission Supérieure des Invalides de la Marine.

Celui que l'on surnommait « Le Sénateur », par déférence, était passionné également par les courses de chevaux et par l'élevage en général. Il possédait son écurie et avait fondé avec Hippolyte Roussel la société des courses de Granville en 1890.

Lors de ses obsèques le mardi 12 avril 1927, dix discours officiels furent prononcés dont celui de Paul Doumer, vice président du Sénat et futur président de la République. Le caveau familial des Riotteau se trouve au cimetière Notre Dame.

La ville de Granville n'a jamais vraiment honoré la mémoire de l'un de ses plus illustres concitoyens.

Aucun nom d'établissement, de rue, de place ou même d'impasse ne porte son nom.

Le monde des courses de chevaux, pour lequel Emile Riotteau a beaucoup investi puisqu'il était également président de la société d'Encouragement et président du Comité du Pari Mutuel, ne l'a pas oublié. Tous les ans, au mois de janvier, sur l'hippodrome de Paris Vincennes, se court une grande épreuve de trot monté : le prix « Emile Riotteau ».

Trois générations d'armateurs

Son père, Michel Emile Riotteau, fils de Jean Louis, Michel Riotteau, tanneur et d'Emilie Legrand, est né le 26/09/1805 à VRITZ Lagrée St Jacques, canton de Saint Mars la Jaille Ancenis dans le département de la Loire Inférieure. Il est vraisemblable, mais nul ne le sait, que Michel Emile Riotteau prit un bateau à Nantes pour St Pierre et s'y installa. Il exerça la profession de négociant armateur. Il épousa Thérèse, Françoise Pelvé, propriétaire, née le 2 août 1813 à Lorient, à St Pierre le 5/08/1835.

Ils eurent cinq enfants dont deux morts en bas âge. Tous naquirent à St Pierre. Emile, Alexandre né en décembre 1837, Edouard, Victor, né en avril 1840 et Mathilde, Joséphine, née en février 1844.

Les parents d'Emile Alexandre habitèrent rue du Roulage à Granville (actuellement rue du Commandant Yvon). Ils y décédèrent l'un après l'autre. A la mort de son père, il reprit avec sa mère, l'activité de son père.

Emile Alexandre Riotteau épousa le 21 août 1867, Mademoiselle Marie Malicorne, rentière, née à Paris 10ème le 2 septembre 1847.

Le couple eut quatre enfants. Emile, qui s'associa à son père dans la société d'armement. Charles, sportif de haut niveau, sélectionné olympique dans la discipline du tir au pistolet aux Jeux Olympiques de 1932 à Los Angeles. Alice et Thérèse, deux sœurs jumelles.

Le 14 rue Lecampion

En 1873, Emile Riotteau acheta le 14 rue Lecampion. Cet immeuble accueillit en 1857 le siège social de la Compagnie Générale Maritime, fondée en 1855 par deux granvillais, Alphonse Théroulde et Jacques Edmond Lecampion. La Compagnie Générale Maritime prit le nom de Compagnie Générale Transatlantique en 1861, mais ceci est une autre histoire.

Comme toutes les grandes maisons bourgeoises de cette époque, elle possédait de nombreuses pièces, dont plusieurs salons, un fumoir, une bibliothèque, une grande cuisine aux fourneaux ronflant sous les casseroles en cuivre, reliée par un monte charge à l'office qui desservait la grande salle à manger donnant sur le jardin. Dans les étages supérieurs se trouvaient de multiples chambres et leurs cabinets de toilette.

L'entrée principale et sa porte cochère étaient situées au 14 rue Lecampion, l'ensemble de la propriété, avec ses entrepôts s'étendait pratiquement jusqu'à l'ancienne cale St Gaud et était clos d'un grand mur.

On peut imaginer l'armateur et sa famille aux fenêtres du grand salon surveillant l'arrivée et le départ des navires.

En passant place Albert Godal, vous pouvez encore voir dans la cour de la CCI, devant l'ancien immeuble du 14 rue Lecampion, un morceau de l'allée pavée qui traversait la totalité de la propriété Riotteau.

Pendant la dernière guerre, les Allemands ont réquisitionné la maison en 1941 pour y installer des officiers et des hommes de troupe. Dans un premier temps les Riotteau eurent le droit de s'installer dans une seule pièce avant d'être expulsés définitivement en 1942.

« 300 allemands occupaient la maison et ses annexes. Les hommes de troupe étaient regroupés dans les entrepôts construits des deux côtés de la cour et qui comportaient deux niveaux. Dans les petits jardins de la cour, étaient installées les deux D C A. »

La famille Riotteau revendit l'immeuble à la Ville de Granville le 18 mai 1946. Une des filles d'Emile Riotteau racheta en 1947 la Maison du Gué. Ils possédaient un Manoir à St Pair au lieu dit le Sap et une propriété, rue du Couvent.

La maison d'armement

En 1900, par exemple, la maison Riotteau armait 5 navires pour la pêche à Terre Neuve :

L'Albert-René, Le Jacques, la Manche, L'Alice et La Thérèse, du nom de ses deux filles.

La Thérèse, construit à Granville en 1848 par Durand, sur la Grève, francisé à Granville le 19 octobre 1848. Perdu le 25 février 1856 sur les côtes d'Espagne. Vente aux enchères des débris aux bureaux du vice-consulat de France. Dernier commandant le capitaine Leclerc.

Le Jacques construit en 1876 à Hacqueville, francisé à Granville. Non rentré des Bancs à Noël 1907, considéré comme perdu.

Nous remercions ceux et celles qui nous ont apporté des témoignages emprunts d'émotion et qui nous ont permis de réaliser cet article « Mémoires » sur Emile Alexandre Riotteau et sa famille.