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Le couvent des cordeliers

(Le nom de cordeliers fut à l'origine donné en France par le peuple aux religieux qui suivaient la règle de St François d'Assise et que l'on appelait aussi Frères mineurs ou Franciscains)

En 1731, Sicard, commissaire de la Marine, rédigea un rapport sur Granville que produira Piganiol de la Force dans sa Nouvelle Description de la France (1ère éd., 1740), il a écrit : « ... il y a à l'extrémité de la campagne de St Nicolas, à un quart de lieue de la ville, un petit couvent de cordeliers réformé assez beau. Leur maison, les jardins et les bois forment une agréable solitude... » (d'après Charles de la Morandière, Granville en 1731, Pays de Granville déc. 1949 p. 217).

C'est d'abord à Chausey que s'installèrent des Franciscains vers 1343, prenant la place d'un prieuré bénédictin dépendant du Mt St Michel.

D'autres colonies de franciscains essaimeront «dans les îles bordant les côtes, recherchant des endroits écartés et sévères ».Les moines du Mont St Michel rappellent périodiquement aux Franciscains de Chausey que leur installation est provisoire, qu'ils n'en sont aucunement propriétaires, qu'ils n'y ont aucun droit et qu'ils n'y restent que par la charité de l'Abbaye du Mont St Michel. D'autre part, anglais et pirates multiplient les incursions dans les îles, même lorsque la paix règne officiellement entre les deux pays. On peut donc s'étonner que les Franciscains aient attendu si longtemps pour quitter un pays aussi peu hospitalier. L'an 1543, les moines, victimes d'assauts répétés des Anglais, réduits à l'extrême pauvreté, résolurent d'abandonner collection particulière Chausey.

Mayeux-Doual donne de la fuite des Franciscains un récit dont la source est ignorée : « ...obligés de déguerpir à la minute, ils n'eurent que le temps de sauver les vases sacrés. Une mauvaise barque, dont les anglais ôtèrent encore le gouvernail, leur fût donnée pour se retirer sur le continent. Ce ne fut qu'après bien des peines et des contrariétés, qu'ils parvinrent à gagner le port de Granville, où ils furent accueillis avec beaucoup de bienveillance. A leur débarquement, ils donnèrent la bénédiction au port... Un bourgeois de Granville Jacques Pigeon, d'une ancienne famille, dont on retrouve souvent le nom, les établit au Hérel où de 1543 à 1546, ils reçurent par ses soins l'hospitalité. »

« Ces trois ans passés, dit le P. Fr. Gonzague, deux pieuses et illustres dames, Jacqueline d'Estouteville, descendante du défenseur du Mont St Michel, dame de Hambye, Bricquebec, Moyeon et Gacé et Adrienne, vicomtesse de Roncheville, sa fille unique, achetèrent à Granville (sur le territoire actuel de Saint Nicolas), un terrain pour y fonder un autre couvent. Elles en avaient obtenu l'autorisation de l'Evêque de Coutances, Philippe de Cossé, et aussi du Souverain Pontife Paul III. Le monastère fut construit, payé, grâce à leurs libéralités et à diverses aumônes. Enfin, en 1547, l'église en fut dédiée par l'Evêque de Porphyre, Pierre Pinchon, Abbé de Hambye, et suffragant de Coutances, en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie et de Saint François, patron du couvent : elle fut même enrichie vers ce temps là de trois parcelles de la vraie Croix. En 1587, 23 religieux y résidaient. » (C'est à la demande de St Louis en 1239 que les moines cordeliers ramènent de Venitie les reliques de la Sainte Croix).

Le Comte de Gibon ajoute (p.105) : « En reconnaissance des bons traitements reçus des habitants de Granville et pour remercier le ciel d'avoir pu échapper à tous les dangers qu'ils avaient courus, les Franciscains venaient tous les ans, avec le Saint Sacrement et en procession solennelle, chanter la grand messe en l'église Notre Dame, le 5ème dimanche après Pâques. Ce jour qu'on appelait le Jour des Moines, était une grande fête pour Granville, notamment pour le faubourg, qui se distinguait par les plus magnifiques reposoirs. Le clergé de Notre Dame allait recevoir la procession à l'image ou statue de la Vierge, dans la rue des Juifs. La procession, au retour, s'arrêtait sur le port, et là, se tournant du côté de la mer, donnait la bénédiction au port pour appeler la bénédiction du ciel sur la population qui avait accueilli les religieux dans leur infortune. »

A la Révolution, le Couvent comptait 7 religieux et un frère lai. Le gardien était Jacques Nicolas de Poisson. Deux cordeliers remirent leurs lettres de prêtrise : Lamache et Thueur. Ce dernier se maria et devint sous le Directoire, commissaire du pouvoir exécutif à Granville.

Un inventaire de l'argenterie et des effets des ci-devant Cordeliers fut dressé le 22 février 1791. L'argenterie, semble-t-il se composait d'un soleil, d'un ciboire, d'un plat, de quatre burettes, d'un encensoir et de sa navette. La municipalité réclama le soleil.

Le couvent acquis le 14 nivôse an 5, par Jacques François Boissel Hallerie, fût changé en maison de campagne ; sa fille Valère Boissel, Mme Malo de la Forest, de Saint Georges, mourut, veuve au Bon Sauveur de Caen, le 7 février 1887, sans descendance directe, dans sa 78ème année.

Le couvent formait un quadrilatère. Selon la tradition orale, l'église et le cloître ont disparu à la Révolution. En 1814, Demons décrit ainsi la propriété : « Je désirais voir en nous en retournant, le couvent des Cordeliers de Granville. Ce monastère était (avant la Révolution) très agréablement situé. Les approches en sont charmants, de belles avenues y conduisent... La maison conventuelle subsiste encore : on voit l'emplacement du cloître, mais l'église a été abattue, il n'en reste que deux pignons. »

Cette demeure depuis ces dernières années subit l'assaut de l'urbanisation. Que va-t-il rester de ce lieu si riche de l'histoire religieuse et maritime de Granville ?

De l'église subsistent la chaire (conservée à St Pierre de Coutances), une statue en bois de la Vierge, 18ème (conservée à l'église St Nicolas de Granville) et deux chandeliers en bois sculpté donnés par le curé de St Nicolas à un missionnaire d'Haïti.

C'est une grande émotion que de les imaginer en place dans l'ancienne église conventuelle, témoins muets d'une vie passée et de tant d'évènements.

Chaire à prêcher réalisée en 1737 par Gille Robert de la Croix pour le couvent. Son affectation d'origine est donnée par le panneau central de la cuve où l'on reconnaît l'emblème des cordeliers : une croix latine devant laquelle s'entrecroisent le bras droit du Christ avec la plaie du clou dans la main et le bras gauche de St François vêtu d'une manche de bure et portant des stigmates de la Passion.

Vierge Saint-Nicolas