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Saint-Paul

L'église Saint-Paul

Paul l'apôtre des gentils et les « marchands du temple » 2000 ans plus tard...

Conseil municipal du 20 janvier 2012 : la représentante du Cabinet d'étude de Lyon présente à tous les élus, le résultat de ses travaux sur l'avenir de l'église Saint-Paul, selon le cadre défini par le Maire : lors d'un échange au sujet de l'opération immobilière concernant le « chevet jamais construit », Monsieur le Maire dit ces paroles : « ...il faut loger nos gens ». L'expression de « not' bon maire », soucieux des manants que nous sommes, fleure bon le temps des privilégiés de l'Ancien Régime...

Souvenirs ou regrets ?

Avant 1789, Granville intra-muros bénéficie de privilèges fiscaux accordés par le roi Charles VII (Chartre de 1445). La Révolution met Granville dans le lot commun, d'autant que l'Etat a fait faillite : « banqueroute dite des deux tiers » en 1797. Dévaluation, ruine, les nouveaux citoyens deviennent des contribuables lourdement taxés.

Les granvillais de l'époque vivent mal le changement ; ruinés, ils composent avec le temps de guerre imposé par le blocus anglais suivi par le blocus continental de Napoléon ; à la guerre des armées s'ajoute une guerre économique. La pêche à la morue s'arrête pendant 23 ans ; la « course » devient impossible devant une flotte anglaise trop puissante. Cependant de nouvelles fortunes s'érigent en ces temps de guerre, grâce :

  •  aux fournitures aux armées (Granville était une ville de garnison et Napoléon rêvant de conquérir l'Angleterre concentra une armée et une flotte au « camp de Boulogne ». Une aubaine pour les fournisseurs (1802 – 1804)
  •  à « l'armement sous licence » permettant le commerce avec l'ennemi anglais (1809 – 1815).

Paradoxe que souligne Mayeux-Doual, premier historien local et ex-militaire de l'état-major de Bernadotte : les marins granvillais combattent vaillamment pendant que quelques négociants s'enrichissent avec l'ennemi. Un sentiment d'amertume devient inévitable pour ceux qui reviennent des combats ! L'armement pour la course est abandonné pour un « armement de bureau » consacré au négoce.

Si les bourgeois s'enrichissent, ils investissent aussi. S'ouvre l'ère des grands travaux pour gagner des terres dans l'embouchure du Boscq : cours Jonville, rue Le Campion, quai d'Orléans puis le port. La commune de Granville, en 1859, annexe une portion de Donville et de Saint-Nicolas. La population s'accroît par l'arrivée des « annexés » pour la main d'œuvre nécessaire aux travaux et pour ceux qui travaillent au développement du commerce. Il faut penser à une nouvelle paroisse avec une église et un cimetière.

Paul l'apôtre des gentils entre en scène

Monseigneur Daniel, évêque de l'époque, impose le nom de Paul à la nouvelle paroisse en souvenir des trois voyages de l'apôtre. Pour des marins au long-cours et des négociants qui rêvent de terres lointaines, le choix semble pertinent. Hélas Paul arrive au cœur des conflits d'intérêt qui agitent et partagent les citoyens d'alors.

  •  Les pêcheurs d'huîtres et les pêcheurs à la morue.
  •  Les agriculteurs des alentours qui coupent le varech au grand dam des pêcheurs côtiers qui craignent la disparition des alevins (voir actes du procès au Fonds du Patrimoine).
  •  Les négociants qui, pour faire leurs grands travaux de remblais confisquent les écailles d'huîtres qui servent d'amendement aux terres agricoles des environs.
  •  Les « estrangers » qui viennent en villégiature (naissance du tourisme dès 1825).

Joseph René Desvages, dernier curé de la paroisse Saint-Paul fait l'historique de son église « ratée » selon ses dires, « mais qui, de par son style néo-roman-byzantin est unique dans notre région ». En lisant ce document on comprend les difficultés rencontrées lors de sa construction expliquant ses faiblesses actuelles et son chevet jamais construit.

Au milieu du XIXè le monde catholique est conquérant (1854, dogme de l'Immaculée Conception). Les négociants recherchent de nouvelles contrées avec des produits exotiques. On peut comprendre qu'à Granville, les négociants veulent une image forte, très identitaire, servant d'amer aux marins au long-cours, leur rappelant peut-être Constantinople et les pays du levant. Mais on peut se demander pourquoi le symbole de ces voyages lointains n'a pas été entretenu au cours du XXè ? L'église Saint-Paul symbolise la tristesse de l'abandon du patrimoine et de l'abandon de la mémoire.

L'avenir ? Paul, l'apôtre des gentils, menacé par les « marchands du temple »

Le conseil municipal s'est prononcé à l'unanimité pour suivre le projet présenté par le Cabinet de Lyon :

Acte 1 : demande de la désacralisation partielle de l'église actuelle

Acte 2 : vente de l'emplacement du « chevet jamais construit » à un promoteur pour une opération immobilière :

  •  soit en appart-hôtel pour villégiature
  •  soit en logements
  •  avec parking souterrain

et donc démolir la salle paroissiale

Acte 3 : restaurer les toitures, déposer les vitraux. Transformer le transept en église avec un plafond à la hauteur des rosaces pour créer une salle de déambulation. L'élévation des prières rencontrera bien vite cet obstacle. Transformer la nef en boutiques d'élégance pour quelques artisans d'art et un restaurant renommé.

Paul, l'apôtre des gentils finira-t-il à la rue, Granville ne le mérite pas, il pourra reprendre ses voyages loin d'une ville si ingrate.

Voir aussi : Paul Héneux